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L'action publique se transforme

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PGO : une nuit pour parler de démocratie
22.12.16
Nuit de la démocratie sommet PGO

Dans le cadre du sommet mondial du partenariat pour un gouvernement ouvert qui s’est tenu à Paris du 7 au 9 décembre 2016, la soirée du 8 décembre a été consacrée à la Nuit de la démocratie. Il s’agit d’un temps fort de débat et de réflexion collective autour des enjeux du renouveau de la démocratie.

Révolution numérique et démocratie, pouvoir d’agir et intelligence collective, renouveau de l’éducation : trois thématiques au cœur du débat de cette nuit riche en idées. La soirée a été introduite par Timothy Garton Ash, professeur en études européennes à l'université d'Oxford. Découvrez une partie des échanges qui ont fait vibrer cette soirée.

La nuit de la démocratie a été modérée par Julien Letailleur, avatar de la participation citoyenne sur la plateforme Toguna permettant aux citoyens de prendre part au débat. Au total, 70 propositions et 2 000 votes ont été comptabilisés sur la plateforme. Les participants ont proposé des axes de programme pour une éventuelle candidature de Julien Letailleur pour représenter la société civile au sein du Comité directeur de l’OGP.

La démocratie et la révolution numérique

La première partie de soirée a orienté le débat sur la question suivante : comment synchroniser la démocratie et le numérique ?  Le collectif g0v.tw ; Benjamin Jean, CEO d'Inno3 et co-président du Paris Open Source Summit 2016 et Virgile Deville, DemocracyOS France ; Nigel Shalbolt, The Open Data Institute ; Henri Verdier, Directeur interministériel du numérique au SGMAP et Joël de Rosnay, prospectiviste, ont tenté de répondre à cette question.
 

La démocratie et la blockchain*
*Définition : La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle.

Selon Benjamin Jean, la blockchain est une technologie qui apporte de la transparence, de la décentralisation et la capacité à conserver les données, créant ainsi de la confiance. Il s’agit d’une opportunité pour tout le monde et chacun doit s’interroger sur ce que peut lui apporter cette technologie et comment il peut en tirer profit. Pour lui, les deux aspects les plus importants liés à la blockchain sont : l’ouverture (cette technologie doit rester ouverte pour évoluer) et, la décentralisation (c’est la responsabilité de chaque citoyen et des Etats de s’assurer que cette décentralisation est bien respectée). L’intervenant s’interroge également sur la place de l’outil :  est-ce qu’on doit se soumettre à l’outil ou est-ce que l’outil doit se soumettre à nous, et lorsque l’outil est là pour nous libérer, que se passe-t-il lorsqu’il nous enferme ?
 

Système de gouvernance et démocratie
D’après Virgile Deville, si nous observons les systèmes sur lesquels sont construits les nouvelles technologies (comme la blockchain) nous nous rendons compte qu’ils sont beaucoup plus centralisés et opaques que les institutions. L’administrateur du système peut décider d’ouvrir ou fermer l’application, de supprimer ou non des données…D’où cette question que se pose l’intervenant : comment construit-on des systèmes de gouvernance en ligne décentralisés et incorruptibles ?  Pour répondre à cette question l’auteur propose de construire ces systèmes autour de 4 axes de travail : la participation dynamique, l’incorruptibilité des votes, la décentralisation de la gestion de l’identité, le changement d’échelle de gouvernance.
 

Le numérique et le contrôle démocratique
Pour Nigel Shalbolt, les nouvelles technologies évoluent sans cesse et garantir la sécurité en ligne est de plus en plus complexe. Il s’interroge sur la question suivante : comment s’assurer que le numérique est le moyen et non la fin en soi du contrôle démocratique ? Les données qui sont ouvertes sont-elles justes et peut-on réellement évaluer les faits ? Telles sont les deux questions qui ont rythmé son intervention. Selon lui, il est nécessaire de mettre à disposition des citoyens des outils accessibles pour vérifier les informations qui leurs sont transmises.

Henri Verdier, directeur Interministériel du Numérique au SGMAP :
« Sur la question du web social, j’ai pensé à trois choses mais qui nous appellent aussi à une plus grande pensée en sciences humaines parce que Twitter, Facebook, le web social mais qui n’est pas le seul lieu de construction d’une démocratie collaborative, c’est une conversation. Premièrement il faut se demander sur quoi porte la conversation en vrai ? Et deuxièmement une conservation cela se trolle, et aujourd’hui j’ai une extraordinaire inquiétude sur le fait que ce lieu où nous avons rêvé ce monde nouveau est aujourd’hui hackable, il est très manipulable. Il faut commencer à y réfléchir… » 

Joël de Rosnay, prospectiviste :  
« Alors la conversation dont tu parles Henry, c’est très important mais la conversation n’est pas porteuse de pouvoir. Les réseaux sociaux ont un sentiment diffus du pouvoir mais qui ne s’exerce par réellement. La  question fondamentale c’est, comme tu le dis, la désinformation, les mensonges sont la règle d’or de beaucoup de ces réseaux qui s’amplifie… Un mensonge répété fini par devenir une vérité…Il faut que la décision collective puisse être doublée d’une évaluation collective ».

 

Changement d’échelle et intelligence collective

Durant la deuxième partie de soirée, le débat a été axé autour de  la question suivante : comment pouvons-nous mener à grande échelle des initiatives permettant aux citoyens d’être acteurs du vrai changement ? Ont animé les débats : Suzanne Vergnolle de l’association  Regards citoyens ; Tanja Aitamurto, professeur à l’université de Stanford ; Samuel Sinyangwe,  fondateur de This is the mouvement ; Pablo Soto de la Mairie de Madrid, Cynthia Fleury de l’American University of Paris et Sandra Laugier, de l’Université Paris 1.
 

Production participative et démocratie
Selon Suzanne Vergnolle, le crowdsourcing est essentiel pour faire avancer la démocratie. Pour actionner cette production participative, il faut faire confiance aux autres sur internet et garantir le droit à l’anonymat. Suzanne Vergnolle est membre de Regards Citoyens. Cette association propose plusieurs initiatives permettant la participation de citoyens telles que :

  • NosDéputés.fr & NosSénateurs.fr qui sont des plateformes de médiation entre citoyens et élus. Le site propose à chacun de participer et de s’exprimer sur les débats parlementaires.
     
  • Le lancement d’une plateforme de crowdsourcing  avec  les déclarations des représentants d’intérêts après la loi de 2013 et la fabrique de la loi.
     
  • L’analyse des contributions pendant la consultation avec l’Assemblée nationale.
     

Participation citoyenne et démocratie
Pablo Soto a présenté une initiative développée en Espagne en 2011 où un mouvement citoyen impulsé par les réseaux sociaux a su bousculer la démocratie et donner la parole aux citoyens qui demandaient « la démocratie réelle ». Cette vague de participation s’est déclinée au niveau local, par exemple à Madrid, avec la création de la plateforme « Decide Madrid ». Il s’agit d’une plateforme sur laquelle les citoyens peuvent contribuer et où chaque proposition qui obtient plus de 1% de vote passe au conseil municipal afin d’être voté. D’après Pablo Soto, c’est en utilisant les logiciels libres que l’Espagne a su propager l’idée d’une démocratie axée sur la participation citoyenne et qu’aujourd’hui 25 villes d’Espagne utilisent l’outil développé à Madrid.
 

Rationalité publique et démocratie
Selon la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, les citoyens participent à la démocratie dans le sens où ils créent de la rationalité publique. Pour elle, c’est le rôle des médias traditionnels de réguler, vérifier l’information or ils sont débordés et bientôt ils ne pourront plus faire ce travail. C’est donc aux citoyens de faire un travail d’enquête pour vérifier ces informations. Ainsi, les sciences humaines et sociales arrivent dans la démocratie. Mais l’intervenante s’interroge sur la question de la formation, comment former des citoyens à ce travail d’enquête ? Et comment finance-t-on cette formation ?
 

Révolution de savoir et démocratie
Pour Sandra Laugier, la démocratie n’est plus une question institutionnelle, ni de pouvoir politique. Selon elle, la démocratie est un ensemble d’activités qui s’est développé grâce aux nouvelles technologies. La démocratie s’est déplacée dans des désirs et aspirations. L’enjeu est épistémologique, scientifique, avant même d’être politique. D’après elle, « la vraie révolution démocratique, est une révolution de savoir et non de pouvoir ».

La soirée s’est poursuivie autour de la problématique du renouvellement de la l’éducation. Jérémy Lachal, directeur at Bibliothèques Sans Frontières, Navi Radjou, auteur intervenant et stratégiste, et François Taddei, biologiste au centre de recherches interdisciplinaires, sont intervenus sur cette troisième et dernière partie de la nuit de la démocratie.
>> Regarder les interventions sur ce thème

 

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